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Entretien avec la conservatrice de l'exposition sur l'espionnage et la cybersécurité présentée au Science Museum de Londres

Jeff Elder, 30 décembre 2019

Elizabeth Bruton nous parle « de l’exposition d’objets jamais vus auparavant »

L’exposition « Top Secret : des messages codés à la cybersécurité » (« Top Secret : From Cyphers To Cybersecurity ») présentée au Science Museum de Londres constitue l'un des aperçus les plus intéressants de la cybersécurité en 2020 : elle marque le 100ème anniversaire du Government Communications Headquarters (GCHQ), l'organisation de renseignement et de sécurité du Royaume-Uni. Parmi la centaine d’objets exposés, figurent des machines de chiffrement de la Seconde Guerre mondiale, des téléphones sécurisés de la Guerre froide, des machines infectées par des menaces de cybersécurité historiques. Elizabeth Bruton (photo), chargée de la préparation de l'exposition et conservatrice de la technologie et de l'ingénierie au Science Museum, a déclaré à l'Irish Times : « Nous exposons des objets qui n'ont jamais été présentés auparavant. Ils ont été rendus publics exclusivement pour l’exposition ».

Le blog d’Avast s’est entretenu avec elle à propos du montage de l'exposition.

Blog Avast : L’exposition Top Secret présente à la fois des objets d'espionnage historiques et des objets de cybersécurité contemporains. Qu’ont-ils en commun ? Pourquoi le public doit-il comprendre ces deux mondes ?

elizbrutonElizabeth Bruton : L'exposition retrace plus d'un siècle de codes, de messages codés et de communications secrètes, de la Première Guerre mondiale à nos jours, à l’occasion du centenaire du GCHQ. Dans toute l’histoire de la communication, on retrouve des techniques pour garder secrets ou sécuriser ses propres messages tout en décodant ceux des autres. C'est le fil conducteur de notre exposition : des rares systèmes de chiffrement historiques prêtés par le GCHQ et exposés pour la première fois dans Top Secret (et peut-être la dernière fois) aux objets de cybersécurité de pointe, également exposés dans notre exposition.

Pour ceux qui visitent l’exposition, je pense qu’il est utile de se familiariser avec les histoires personnelles et technologiques qui ont sous-tendu les communications secrètes et sécurisées au fil du siècle, des techniques d’espionnage utilisées par le Portland Ring en Grande-Bretagne pendant la Guerre froide aux appareils connectés proposés par l'Internet des objets (IoT) et dont beaucoup d'entre nous disposent aujourd'hui. Ces histoires nous permettent de mieux saisir l'importance des communications sécurisées, aussi bien dans le passé qu’aujourd'hui, et notre rôle dans la sécurité de nos communications et de nos appareils.

Blog Avast : Pendant la Seconde Guerre mondiale, la cybersécurité a secrètement été contestée. Le chef du GCHQ a déclaré : « Il ne suffit plus de servir en secret... Nous voulons donner des conseils personnalisés à chaque citoyen. » Pensez-vous que des services publics comme les musées devraient promouvoir et expliquer la sécurité ?

Elizabeth Bruton : La cybersécurité en soi n'a pas été contestée pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce terme n’est apparu qu’entre la fin du 20ème siècle et le début du 21ème siècle. Cependant, une guerre de surveillance des communications remonte en effet à avant la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la plus grande partie de la période couverte par Top Secret, la surveillance des communications s'est faite dans le plus grand secret. Le travail des gouvernements, des forces militaires, des agences de renseignement et d'autres acteurs du secteur était caché, souvent tenu secret par une loi protégeant les secrets d'État, l’Official Secrets Act. Par exemple, le travail de décryptage réalisé à Bletchley Park est resté secret jusqu'en 1974, avec la publication de « The Ultra Secret » de F. W. Winterbotham. Mais ce monde d’espionnage, composé principalement d'agences militaires et gouvernementales travaillant dans le plus grand secret, n'est pas le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. C'est quelque chose que nous avons souligné dans l’exposition, en changeant l’approche, l’atmosphère et la présentation selon l’époque concernée.

De nos jours, la technologie a transformé notre façon de communiquer. Entre les SMS, les e-mails, les services de messagerie instantanée comme WhatsApp et les réseaux sociaux comme Instagram ou Snapchat, nous communiquons plus souvent et plus rapidement que jamais. Nous avons même des appareils connectés qui peuvent communiquer entre eux. Ce nouveau paysage numérique est source à la fois de risque et d'opportunités.

En faisant des recherches, en discutant, en prenant rendez-vous ou en faisant des achats, nous cédons des données personnelles. Des données autrefois privées sont désormais collectées et conservées dans de vastes bases de données. Pour quiconque peut y accéder, ce sont de précieux « renseignements ».

En tant que tels, nous avons tous un rôle à jouer pour assurer la sécurité de nos données ou des données et des appareils d'autres personnes. Pour des espaces comme le Science Museum, il est donc important d'éduquer le public sur l'importance de la cybersécurité, et notre exposition Top Secret entre dans cette logique.

Blog Avast : Comment les musées, autrefois totalement analogiques, peuvent-ils expliquer le monde virtuel du piratage moderne secret ?

Elizabeth Bruton :Notre exposition Top Secret utilise un mélange d'histoires et d'objets personnels et technologiques accompagnés d'animations créées par nos concepteurs 2D HATO pour expliquer l'importance de la cybersécurité et comment le cryptage à clé publique supporte une grande partie de la sécurité de nos appareils et de nos communications aujourd'hui.


L’exposition Top Secret est présentée au Science Museum de Londres jusqu'au 23 février 2020. L’entrée est gratuite. Vous pouvez réserver des entrées gratuites ici.