Quand utiliser un logiciel de suivi et quand ne pas en utiliser ?

Emma McGowan, 3 mars 2021

Protéger ses enfants tout en préservant la relation de confiance

Grâce à la technologie, il est plus facile que jamais pour les parents de savoir en permanence où se trouvent leurs enfants. Et les possibilités sont nombreuses : du logiciel dissimulé dont l’enfant ignore l’existence aux enregistreurs de frappe qui répertorient tout ce qu’ils tapent, sans oublier Find My iPhone. Pour autant, est-ce une bonne idée d’utiliser ces logiciels ? Et en quoi sont-ils différents des stalkerwares ?

D’après la pédopsychologue Catherine Knibbs, la réponse n’est pas simple. Spécialisée dans le cybertraumatisme, elle révèle à Avast qu’« il existe une grande différence entre le suivi dissimulé et le suivi non dissimulé ». 

« C’est toujours une question d’intention », affirme Catherine Knibbs. « Dans le cas du harcèlement, il y a généralement une autre intention et un modus operandi différent ».

De même, elle considère que les logiciels de suivi peuvent être nécessaires dans certaines circonstances et certaines familles, par exemple en cas de problèmes médicaux (tels que celui d’un de ses patients dont l’affection provoquait des trous de mémoire) ou de développement (comme un autre patient qui rentrait à pied chez lui sans connaître le chemin, lorsque son patron était en retard). 

« Dans de pareils cas, c’est nécessaire », déclare-t-elle. « Car il s’agit plus de prendre soin de l’enfant que d’être un parent autoritaire ».

Cependant, sans ces circonstances atténuantes, « les enfants peuvent trouver ces outils un peu intrusifs », nuance Knibbs.

Comment parler des logiciels de suivi avec votre enfant

Pourtant, de nombreuses raisons peuvent inciter les parents à placer un logiciel de suivi sur le téléphone de leur enfant, et dans ce cas, il est essentiel d’en discuter avec lui. Même si ces discussions portent sur le logiciel, il n’est « pas du tout question de cela ».

Selon Catherine Knibbs, « La technologie n’est pas le sujet. Ce qui importe, ce sont les relations, l’humain ». 

D’après elle, le fait d’installer un logiciel sans en parler à son enfant « crée un sentiment de méfiance entre le parent et lui, comme ce serait le cas dans une relation amoureuse ».

« C’est vraiment une atteinte à la liberté, à l’intimité et au consentement », affirme-t-elle. « C’est une trahison. Cela renforce l’idée que les parents ne font pas confiance à leur enfant, et l’encourage au secret. Au final, ce n’est pas d’une grande aide ». 

Knibbs suggère d’insister sur le fait qu’il s’agit avant tout de prendre soin de lui, et non de le « pister », de le « harceler » ou ne pas lui faire confiance. Il est également important de souligner le rôle d’en parent et de préciser à quoi l’enfant peut s’attendre. Il n’appréciera très certainement pas ces mesures, mais il est essentiel de l’informer des limites, de les faire respecter et d’en expliquer les raisons.

Par exemple, la pédopsychologue suggère de dire : « Il est de mon devoir en tant que parent de veiller à ta sécurité, par rapport à la loi, à la morale et à l’éthique ». Et si je ne remplissais pas bien mon rôle, tu pourrais en souffrir ».

Les parents peuvent également présenter cela comme un pas vers l’indépendance, plutôt qu’une restriction de plus dans la vie de l’enfant. Catherine Knibbs utilise le terme d’« accompagnement à l’indépendance » pour décrire le processus d’émancipation progressif d’un enfant vis-à-vis des parents d’une manière sûre, confiante et qui leur permet de grandir.

« On ne peut pas apprendre l’indépendance tant qu’on n’est pas indépendant. C’est comme apprendre à marcher sur une corde raide : pour y parvenir, il faut s’exercer. Il ne suffit pas d’y penser et de déclarer ensuite qu’on sait le faire ».

Dans le cas des logiciels de suivi sur téléphone, l’accompagnement à l’indépendance peut prendre la forme d’une application qui suit les déplacements d’un enfant en âge d’aller à l’école primaire et aboutir à une discussion sur les raisons que peut avoir une mère d’utiliser Find My iPhone si son enfant de 15 ans ne respecte pas la permission de minuit. 

Il s’agit d’une surveillance numérique dont l’intensité diminue avec l’âge de l’enfant et qui, à chaque étape du processus, s’accompagne d’une conversation franche et ouverte. Le processus peut être comparé aux autres changements de restrictions qui s’opèrent à mesure que l’enfant grandit, comme une autorisation de sortie plus tardive ou le fait de pouvoir sortir seul avec ses amis.

Un suivi trop zélé peut avoir des effets néfastes

De nombreux parents attendent beaucoup des logiciels de suivi, pensant qu’ils protègeront leur enfant comme une nounou ou une baby-sitter numérique. Or, dans la réalité, un logiciel de suivi ne peut pas garantir qu’il n’arrivera rien à un enfant. Il pourra être utile après coup, mais il ne s’agit pas d’un outil de prévention. 

En réalité, une surveillance trop zélée ou excessive peut aboutir à des comportements et des résultats contreproductifs chez l’enfant. Mais ne vous méprenez pas : nous ne parlons pas ici de l’utilisation occasionnelle de Check My iPhone lorsque votre ado ne rentre pas à l’heure prévue. Nous pensons plutôt aux logiciels cachés dont l’enfant ignore l’existence ou encore au suivi permanent d’un enfant dépourvu de tout problème physique, psychologique ou judiciaire qui pourrait en justifier l’utilisation.

Par exemple, un enfant qui sait que son téléphone est équipé d’un logiciel de suivi pourrait être tenté de le laisser chez un ami ou chez lui lorsqu’il sort en douce. En cas de problème, le parent n’aurait alors aucun moyen de le joindre.

Un logiciel de suivi peut également limiter l’aptitude d’un enfant à grandir et à devenir indépendant. Selon Catherine Knibbs, un enfant ou un adolescent qui a un logiciel de ce type sur son téléphone peut avoir l’impression que sa mère est à ses côtés quand il est en compagnie de ses amis. Et si les parents de ces derniers ne se montrent pas aussi inquisiteurs, il peut avoir le sentiment qu’il est une source de problème aux yeux de ses parents et qu’ils jugent nécessaire de le surveiller. 

« Laissez-les grandir », conseille Knibbs. « Laissez-les se débrouiller par eux-mêmes ».

Catherine Knibbs pense que les enfants qui sont surveillés de manière secrète ou disproportionnée par leurs parents risquent de reproduire ce comportement dans leur future vie amoureuse. Ayant été eux-mêmes surveillés durant leur enfance, ils pourraient juger normal d’épier le téléphone de leur partenaire ou de s’assurer qu’ils ne sont pas surveillés en retour. 

« Ce que nous vivons pendant l’enfance influence nos comportements à l’âge adulte », avertit Catherine Knibbs.

C’est angoissant de ne pas savoir où se trouve son enfant. Une solution technologique peut paraître plus tentante qu’une conversation difficile avec lui. Toutefois, Knibbs affirme que « la question n’est pas tant d’ordre technologique, elle touche à la responsabilité parentale ». On peut également parler de responsabilité parentale assistée par la technologie. 


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