Par pitié, arrêtons de les appeler des « fake news »

Byron Acohido, 2 avril 2019

En exploitant les profils comportementaux et les réseaux sociaux, les campagnes de désinformation numériques prennent de l’ampleur et deviennent dangereuses.

En qualifiant constamment à tort les reportages des médias traditionnels qu’il n’apprécie pas comme étant des « fake news », le président Donald Trump a considérablement brouillé la définition exacte de cette force globale profonde, jetant au passage un voile sur les dégâts sociaux que la croissance de ce phénomène est en train de causer.

Les fake news représentent la propagation délibérée de la désinformation. En effet, la plupart des propagandes politiques, telles qu’elles ont été pratiquées à travers les âges, correspondent à cette définition. On observe cependant quelques différences à mesure que nous approchons de la fin de la deuxième décennie du 21e siècle, notamment avec la possibilité de lancer des campagnes de désinformation extrêmement ciblées et de les distribuer à l’échelle mondiale en exploitant des outils d’analyse comportementale et les plateformes des réseaux sociaux.

Comme à peu près tout de nos jours, il s’agit d’un problème complexe qui nécessite beaucoup d’efforts pour en découvrir le fin mot. Voici trois éléments essentiels que tout citoyen inquiet se doit de comprendre au sujet des campagnes de désinformation à l’ère du numérique.

Le phénomène des fake news grandit de manière exponentielle

De nombreux articles basés sur des faits expliquent comment les « fake news » ont influencé l’élection présidentielle américaine de 2016. Ce dont beaucoup de citoyens n’ont pas conscience, c’est qu’il ne s’agit que d’une des multiples élections majeures qui ont été chamboulées par cette variante terriblement efficace de la propagation de désinformation. Ces campagnes ont été observées lors du vote pour le Brexit du Royaume-Uni, mais aussi plus récemment au Brésil et en Inde, où elles ont mené à des résultats désastreux.

Lors des élections américaines de 2016, la Russie a bombardé les utilisateurs Facebook de publicités incendiaires et d’histoires factices tout en utilisant des botnets pour faciliter la collecte et la distribution d’informations. Et d’après une étude menée par l’université Northeastern à Boston, les « supersharers » (super-partageurs), principalement des femmes républicaines plus âgées que l’utilisateur Tweeter lambda, ont également participé activement en tweetant à un rythme quotidien effréné des histoires tirées de sites Web idéologiques.

Ainsi, en janvier 2016, alors que les campagnes présidentielles battaient leur plein, près de 39 % des abonnés Twitter de Donald Trump étaient faux. Un décompte effectué par Twitter Audit a révélé que sur les 22,7 millions d’abonnés Twitter du candidat, 16,6 millions étaient réels contre 6,1 millions d’abonnés factices.

Avançons dans le temps jusqu’à l’élection présidentielle brésilienne d’octobre dernier. WhatsApp était inondé de fake news à propos des deux candidats en tête. Quant aux élections nationales indiennes, lesquelles sont encore en cours à l’heure actuelle, la désinformation a attisé les émotions liées au conflit entre l’Inde et le Pakistan dans la région du Cachemire. Des fake news à propos de rapts d’enfants, diffusées via WhatsApp, ont été reliées à au moins 30 cas de meurtre et de lynchage.

Le Congrès ne comprend pas

Observons de plus près la récente révélation de Mark Zuckerberg visant à faire changer Facebook pour adopter une stratégie axée sur la confidentialité. Il y a beaucoup de choses à comprendre en lisant entre les lignes.

Facebook possède WhatsApp. Parmi les réseaux sociaux, WhatsApp est maintenant devenu la plateforme de prédilection pour interférer avec les élections. La raison : WhatsApp chiffre les messages, vous ne pouvez donc pas déterminer « qui » a envoyé « quoi », et « à qui ». WhatsApp peut ensuite se défendre en affirmant qu’il n’est pas légalement responsable de ce qui apparaît sur sa plateforme.

Et maintenant Zuckerberg a décidé que Facebook adoptera les mêmes pratiques que WhatsApp qui consistent à chiffrer tous les messages et les publications. À la suite du scandale de Cambridge Analytica, il déclare qu’il s’agit d’une preuve du nouvel engagement de Facebook en matière de confidentialité.

Il est peu probable que le Congrès prenne la moindre mesure à ce sujet. Les dirigeants politiques américains semblent incapables de comprendre que le chiffrement des publications sur Facebook rendra presque impossible le suivi et la prévention des discours de haine et les interférences avec les élections, laissant donc Facebook agir librement, du moins d’un point de vue légal.

Ce que vous pouvez faire

Nous avons tous une force à offrir. En tant que citoyens individuels, nous avons tous un petit rôle à jouer pour désamorcer la situation. Premièrement, arrêtons de les appeler des « fake news », ce qui ne sert qu’à alimenter la confusion. Expliquez cela à vos amis et votre famille en termes de désinformation numérique. Il s’agit d’une forme de propagande moderne extrêmement virulente.

C’est la méthode qu’employaient les médias britanniques lorsqu’ils ont amplifié des histoires de viol de femmes anglaises afin d’étouffer la rébellion indienne de 1857 et de maintenir le colonialisme. C’est aussi ce qu’utilisait le ministère de la propagande du Troisième Reich pour diaboliser et exterminer les juifs, les Tziganes, les homosexuels et les bolcheviks.

Restez très attentif à toute désinformation évidente et faites ce vous pouvez pour arrêter sa propagation. Vérifiez les sources, remettez en doute la véracité des titres, surveillez les tentatives flagrantes de jouer avec les peurs des gens ou de renforcer des mensonges manifestes.

En cas d’incertitude, vérifiez sur des sites réputés comme factcheck.org consacrés à la révélation des informations mensongères sur Internet. Et comme d’habitude, faites attention à ce sur quoi vous cliquez. Efforcez-vous volontairement à ne pas participer à la propagation de mèmes, retweets et partages Facebook viraux lorsqu’il s’agit de mensonges évidents. À bientôt pour d’autres discussions !


Byron Acohido est un blogueur invité sur le blog Avast.  Avast est leader mondial en matière de cybersécurité, en protégeant des centaines de millions d'utilisateurs à travers le monde avec un antivirus gratuit primé et en préservant la confidentialité de leurs activités en ligne avec VPN et d'autres produits concernant la confidentialité. 

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